L’ANTI-FRAGILITÉ
En tant qu’être humain, et aussi qu’athlète, le but est toujours d’avancer sur le chemin en essayant de s’améliorer, d’être meilleur, de grandir et d’évoluer. Le crossfit, et le sport en général peuvent être un bon moyen d’adopter des habitudes et des attitudes qui aident à cette quête.
“PAIN IS DUTY”
Depuis que je m’entraîne avec les coachs, j’ai eu l’occasion de voir de plus près non seulement leur façon de s’entraîner mais surtout leur façon d’approcher l’entraînement et le sport en général. Un des trucs qui m’a marqué dès le début, c’est quelque chose que fait Aymeric. Quand on a un exercice de force ou d’haltéro à faire, que ce soit du bench, du squat, du snatch, peu importe, avec un nombre de reps à faire un pourcentage du max, il prend toujours son repère de max au dessus du vrai. Si il a un max à 120, il va faire sa série au pourcentage de 130. Il m’a toujours dit de faire pareil, et au début ça me soûlait un peu. Puis j’ai commencé à le faire et en fait ça apporte que du plus. Déjà ça change pas énormément la charge par rapport à celle qu’on aurait dû mettre de base, mais surtout ça permet de conditionner le cerveau à se dire que le palier au dessus de notre vrai max est une target que quelque part, on maitrise déjà.
Communément, on appelle ça « sortir de sa zone de confort », moi, j’appelle ça se faire mal. Dans le bon sens du terme. C’est aller chercher la difficulté, l’adversité, peut-être même l’échec, mais s’en servir pour progresser. À mon sens, c’est même nécessaire. De la même façon que quelqu’un qui ne fait jamais aucune erreur n’apprend rien dans la vie, un athlète qui ne se met jamais en difficulté est condamné à stagner. En seulement 6 ans, j’ai vu les standard du Crossfit évoluer de manière drastique. Et je ne le pratique que depuis 6 ans. Je parle même pas de la fin des années 2000, quand les DU étaient le mouvement le plus complexe d’un WOD. Si on voit tous les ans des athlètes de haut niveau repousser les plafond de verre de ce sport, c’est parce que chacun de ses athlètes, tous les jours, se fait mal à l’entraînement.
CONTRAINTE = PROGRÈS
Évidement, je ne dis pas que chaque pratiquant de CrossFit doit se faire vomir à chaque WOD, je parle simplement d’accepter le fait que c’est dur, que ça fait mal. C’est fait pour ça! Sans ça, sans cette dose de difficulté, de douleur, de sueur, de peine, y a pas de progrès.
De la même façon que ce n’est pas la facilité qui crée le progrès mais le progrès qui crée la facilité, ce n'est pas en apprenant qu'on agit, c'est en agissant qu'on apprend. Il n'est pas surprenant que les athlètes qui progressent le plus rapidement rencontrent le plus de défis et de problèmes. C'est inévitable lorsqu'on explore des territoires inconnus et qu'on cherche à s’améliorer. Et chaque entraînement pénible et douloureux rend l’athlète plus fort, plus résistant, plus résilient, plus anti-fragile.
L’anti-fragilité est un concept extrêmement intéressant quand on veut essayer de comprendre de quel bois on est fait. Prenez l’exemple d’un verre que vous lâchez d’un mètre de haut:
Si il se brise, on dit qu’il est fragile: la contrainte est supérieure à lui et le casse.
Si il ne se brise pas, on dit qu’il est résilient: la contrainte n’est pas supérieure à lui, ne le brise pas, mais ne le renforce pas non plus, il se brisera sûrement si vous le lâchez d’un mètre dix.
Si le verre ne se brise pas et se renforce, on dit qu’il est anti-fragile. La contrainte ne l’a pas brisé et l’a même renforcé: il ne se brisera pas si vous le lâchez d’un mètre dix.
Les meilleurs athlètes sont de ce bois là: anti-fragiles. Les échecs, les barres et les haltères trop lourdes, les mouvements trop complexes, les WOD trop longs, tout ce qui est plus difficile que ce qu’ils ont l’habitude de faire les renforce. C’est pour ça qu’ils progressent. Et tout le mérite leur revient, c’est eux qui décident de se mettre en premier dans des situations dans lesquelles d’autres n’iront pas, qui en assument les conséquences et qui en tirent les bénéfices.
Pour avancer, il faut savoir se mettre dans le rouge et jouer avec ses limites. C’est la seule façon de les connaître. Vous êtes à l’aise avec des DB de 22.5, une wall ball de 9 et les HSPU? La prochaine fois, prenez les DB de 30, la wall ball de 12 et faites des HSPU strict.
Bougez, variez, mettez vous dans le dur et faites des choses que vous ne vous pensez pas capable de faire. Dans le pire des cas, vous y arriverez pas et vous aurez rien perdu. Dans le meilleur des cas, vous vous surprendrez et vous aurez progressé. Et c’est votre esprit qui vous en remerciera le plus: vous lui aurez montré que c’est lui qui a le dessus sur ce que votre corps lui dit.